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L’excès de pouvoir sans fin : la politique souffre du Long Covid »

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Milosz Matuscheck

Juriste, journaliste et auteur de plusieurs ouvrages. Chroniqueur du magazine satirique Nebelspalter, chroniqueur retraité de la NZZ ; ancien rédacteur en chef adjoint du Schweizer Monat.

Désolé, c’est peut-être une question stupide. Mais quel est en fait l’objectif des mesures Anti-Covid ? Eh bien, on pourrait dire : mettre fin à la pandémie, bien sûr. Et, puis encore, bien sûr, avec la fin de la pandémie, pour mettre fin aux mesures. L’objectif des mesures est donc de mettre fin aux mesures. Aussi logique que cela puisse paraître, la conviction qui s’y rattache s’avère naïve.

Car l’impression qui se dégage depuis le début de la pandémie est complètement différente. Depuis le début de la pandémie, les politiciens n’ont cessé de modifier le récit, cherchant désespérément de nouveaux chiffres, des facteurs de panique et des menaces factices afin de mettre la population dans le sac des mesures le plus longtemps, le plus durement et le plus souvent possible. D’abord l’aplatissement de la courbe, la protection des personnes âgées, la valeur R, la prévention de la surcharge du système de santé. Pendant ce temps, on ne parle que de certificats de vaccination et de vaccinations d’enfants, même si dans les pays presque entièrement vaccinés, comme récemment Israël, les chiffres ont à nouveau atteint des sommets. Les solutions proposées aujourd’hui finissent toujours comme les problèmes de demain. La logique du Corona est qu’il n’y a pas de logique, sauf que la boucle interminable du processus d’alimentation de l’excès de pouvoir ne doit pas s’arrêter.

Le syndrome du Long Covid est une prise de pouvoir

La politique a besoin des mesures comme le dealer a besoin de ses clients dépendants. Elle a besoin du Corona de façon plus urgente que de la fin de la pandémie. Parce que la fin de la pandémie signifie qu’une plus grande attention sera portée sur les erreurs commises. À la fin de la pandémie, l’heure des comptes débute, le grand nettoyage. La politique et son carrousel d’experts souffrent du Long Covid, un syndrome aigu de prise de pouvoir qui a infesté les poumons des démocraties, la liberté d’expression, les processus parlementaires, ainsi que la réflexion en termes d’alternatives et de solutions pragmatiques. Cette contradiction d’intérêts dans la relation entre l’État et les citoyens est apparue ouvertement au plus tard depuis le début de la pandémie – et est restée jusqu’à présent sans solution. Car le conflit est aussi vieux que l’État lui-même.

« Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument » est une formule bien connue de Lord Acton. Dans la Rome antique, les affaires de l’État étaient transférées du sénat et des consuls à un dictateur pour une période de six mois dans la situation de menace d’existence d’une guerre. Et bien sûr, il peut aussi y avoir la situation dans les démocraties où une action immédiate de l’exécutif est nécessaire dans des situations d’urgence. Mais la gestion actuelle du pouvoir et l’état d’urgence dans les démocraties d’aujourd’hui en disent long sur leur condition réelle ; il faut malheureusement le dire : leur infirmité. L’urgence aujourd’hui est en fait une grippe modérément sévère avec au mieux une légère surmortalité et en même temps un nombre réduit de lits de soins intensifs. En Allemagne, les mesures Corona ont été secrètement étendues lors de sessions de nuit et de brouillard du Bundestag lors de la lecture d’un amendement à la loi sur les fondations. Les livres d’histoire de demain, ils seront déplaisants à lire s’ils sont écrits honnêtement. Les représentants élus du souverain se réunissent en fait à la nuit tombée pour lui retirer le pouvoir. Si c’est ainsi qu’agissent les acteurs de la démocratie, il n’y a pas besoin d’ennemis de la démocratie.

L’histoire se répète en s’inversant

À la trahison du peuple par les représentants s’ajoute aujourd’hui une « trahison des intellectuels » (Julien Benda) par leur omission d’accompagner de manière critique les processus démocratiques, ainsi qu’un échec total des dernières instances (quand elles existent), les cours constitutionnelles, pour examiner de manière critique et freiner les excès de pouvoir. L’histoire se répète à l’envers, et il n’est même pas nécessaire de remonter à l’époque de la République romaine, qui était au mieux une forme rudimentaire de démocratie. Dans les années 1960, ce sont les étudiants de gauche qui, sentant un retour des lois d’habilitation des nationaux-socialistes dans la législation d’urgence du gouvernement allemand de l’époque, sont montés aux barricades. Horkheimer et Adorno leur ont apporté leur aide intellectuelle. Ce dernier a reconnu une « joie de la nécessité » et a constaté : « Une fois que l’on est sûr de tout ce que l’on peut couvrir avec les lois d’urgence, on trouve toujours des possibilités de les mettre en pratique. »

Les institutions deviennent douteuses

Aujourd’hui, l’opposition extra-parlementaire se trouve parmi les anti-coformistes (Querdenker) en Allemagne ou en Suisse parmi les « Amis de la Constitution » qui viennent de lancer un nouveau référendum avec une approbation record. Le courant académique et journalistique, en revanche, se trouve aujourd’hui dans l’équipe des adeptes de l’état de crise, ou parlé dans les catégories des années 1960, dans l’équipe de « Kurt Georg Kiesinger », le seul chancelier de la République fédérale, soit dit en passant, qui était également membre du NSDAP. Mais ce qui était alors un Adorno n’est aujourd’hui, malheureusement, qu’un Richard David Precht. Et dans son dernier livre, Precht croit probablement imiter Kant lorsqu’il prétend avoir découvert le prétendu devoir civique de l’obéissance au gouvernement. Mais à chaque fois, comme un Kant étriqué, il n’aboutit qu’au « Sujet de l’Empereur » (« Der Untertan ») de Heinrich Mann. Alors, à quoi peut-on s’attendre ?

Nous vivons à une époque où les institutions redeviennent peu recommandables ; elles semblent maladroites, dysfonctionnelles et moisies. Dans une telle situation, les politiciens pourraient être tentés d’empiler les excès de pouvoir les uns sur les autres afin de garder les rênes du pouvoir entre leurs mains. Alors, que se passera-t-il si le prochain mutant ne peut pas non plus être pris au sérieux ? Une panne d’électricité ? Des militaires dans les rues et des banques fermées ? En ce moment, les craintes d’une cyberattaque sont alimentées ; le « Forum économique mondial » en a récemment simulé une dans le jeu de simulation « Polygon ». Cela fait s’asseoir et prendre note. En octobre 2019, le WEF a déjà joué un rôle de premier plan dans  « Event 201 », la simulation d’une épidémie de coronavirus au Brésil. Ce qui s’est ensuite passé en décembre 2019 à Wuhan, en Chine, appartient désormais à l’histoire.

Quiconque joue un jour avec l’état d’urgence pour restreindre la liberté nous trouvera, mes amis et moi, sur les barricades pour défendre la démocratie, et ce au sens propre », a déclaré Willi Brandt. Et que font les citoyens moutons d’aujourd’hui ? Ils font la queue pour leur deuxième injection de vaccin et, avec un peu de chance, planifient leurs vacances d’été.

Je ne sais pas pour vous, mais je pense toujours à une chanson de Chris Rea. Et, non, ce n’est pas « Looking for the summer », c’est « Fool if you think it’s over ».

(Trad. Thierry Simonelli)